envie de partager un point de vue
A nous, les rescapés du front de l'économie, déchirés par les blessures, accablés par les deuils de nos idées et de nos désirs, rongés par les peines, quels droits nous reste-t-il encore ?
Nous sommes comme des morts. Des morts avec des jambes, des bras, un souffle, mais des morts dans l'âme.
Prononcer un rêve en public, ou écrire dix lignes lorsqu'on a combattu, âme au poing, contre les idées reçues et les prétentions bourgeoises, et, surtout, lorsqu'on a été un imprudent "rêveur", est considéré sur-le-champ, du côté " des biens pensants ",comme une sorte de provocation.
A un bandit commercial, il est possible de s'expliquer. Il a ruiné un pays, des familles, la terre mère, et tous les rêves d'enfants et du même coup leur avenir, leur devenir.
Vingt journaux internationaux ouvriront leur colonnes à ses magouilles, publieront sous des titres ronflants le récit de ses crimes, qu'il s'agisse de Madoff ou de dix de ses émules.
Les descriptions géopolitiques d'un piètre Arsène Lupin vaudront les tirages et les millions d'un best-seller que des analystes financiers véreux ne manqueront pas d'empocher au titre de droit d'auteurs ...
Charognes de l'absurde !...la catastrophe vous fait bander... .
Vous serriez bien mal nantis dans un monde où tout irait pour le mieux pour l'ensemble qui vous nourrit de son sang.
Vous pourriez envisager un film !... pourquoi pas ?.. Dans vos usines à fabriquer des psychotiques plus que malades...
Vous avez le choix des acteurs, ils sont légions...
Ca ferait même des émules qui continueraient d'alimenter votre machine à fabriquer des " Donner que balle " ...à bouffer à toutes heures, du jour de la nuit et des autres....celles que vous n'avez pas devinées mais que vous rêvez de comptabiliser ...
Mais nous, les survivants " rêveurs " de la troisième Guerre mondiale, si nous poussions l'impertinence jusqu'à déserrer les dents un seul instant, aussitôt mille " bien pensant " se mettraient à glapir avec frénésie,
épouvantant nos amis eux-mêmes, qui suppliants, nous crieraient : attention ! attention !
Attention à quoi ?
La cause de cette société est-elle vénérable à ce point, que l'on doive renoncer à soi ?
Tout au long des siècles, les spectateurs mondiaux ont eu d'éclatantes occasions de se rendre compte de la malfaisance de ces " bien pensant ".
Les tragédies sont pléthores, d'Homère à Staline...
Nous expions le crime que nous avons commis de prendre gout à la vie et à la liberté.
Nous sommes des parias à qui on cloue les lèvres dès qu'ils essayent de dire : " tout de même ".
Tout de même... Nous voulons des vies heureuses, des maisons où il ferait bon vivre, des enfants que nous chéririons, des biens qui donneraient de l'aisance à notre existence...
Tout de même... Nous sommes jeunes, nous avons des corps vibrants, des corps animés, nous voulons humer l'air neuf, le printemps, les fleurs, la vie, avec avidité...
Tout de même... Nous sommes habités par une vocation, tendus vers un idéal...
Tout de même...Il nous a fallu jeter nos dix, nos vingt, nos trente ans et plus ainsi que tous nos rêves vers d'horribles souffrances, d'incessantes angoisses, sentir nos corps trahis de leur avoir manqué, nos rêves déchirés par les blessures d'une réalité à double tranchants, nos os rompus dans des corps à corps hallucinants avec nous même.
Nous avons vu hoqueter nos amis agonisants dans les pièges gluants et la férocité d'un temps marqué par le profit, dans les paradis artificiels où l'on rêve que nous rêvons...
Nous sortons vivants, tant bien que mal, de ces combats, hagards d'épouvante, de peine et de tourments.
Vous connaissez le tableau de Velasquez "Le siège de Breda" (musée du Prado à Madrid)
Le vainqueur offrait ses bras, sa commisération et son affection au vaincu.
Geste humain ! Être vaincu, quelle souffrance déjà, en soi !
En ces temps plus en avancés dans le passé, le vainqueur s'avançait, fraternel, vers le vaincu, accueillait l'immense peine secrète de celui qui, s'il avait sauvé sa vie, venait de perdre tout ce qui donnait à celle-ci un sens ...
Que signifie encore la vie pour un peintre à qui on a crevé les yeux ?
Pour un sculpteur à qui on a arraché les bras ?
Pour un rêveur à qui l'on gâche les nuits ?
Plus jamais il ne se réalisera, plus jamais il ne créera...
Pour lui, l'essentiel s'est arrêté.
Cet " essentiel ", dans la grande tragédie de cette Troisième Guerre mondiale, quel est-il pour nous ?
Voilà la question que je voulais vous poser ...
c'est long pour une question...
Mais je gage que la réponse me prendra toute la vie qu'il me reste à vivre.
Pour moi !.... ma conscience est tranquille !... Je dors comme un bébé... toutes les deux heures je me réveil, et je pleure ....